Une jeune instit à la campagne, des histoires, des astuces, du grand air!

26 novembre 2007

Couvre feu

Catégorie: Le plus beau métier du monde

J'ai supprimé le post précédent. Il était prétentieux et plein d'un lyrisme surfait.

Ce soir je les déteste tous. Ils me gonflent. Profondément. J'ai passé la journée à me retenir de mordre. Demain je leur colle du travail individuel de révision sur fiche. Parce que le premier qui parle, je l'emplafonne. Donc ça sera silence radio. Histoire que je puisse retomber sur mes pieds et mettre quelques trucs d'équerre.

Avant d'imploser.

Posté par Eddie à 20:08 - Le plus beau métier du monde - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2007

Fosse commune

Catégorie: Le plus beau métier du monde

Certains de mes élèves ont la vivacité de poissons morts. Et les yeux de merlans frits qui vont avec. Quand c'est pas le sourire niais. Ou les deux.

Et en ce moment j'ai envie de les claquer. C'est que des gosses, c'est pas leur faute, mais sérieux quand je les regarde, quand ils me parlent avec leur air bête, j'ai envie de hurler. Je m'en veux un peu de les prendre en grippe juste parce qu'ils sont idiots, lents, niais, empotés, peureux et j'en passe, mais ils me laissent tellement démunie que finalement je déteste l'image d'impuissance qu'ils me renvoient. Impuissance face à la bêtise absolue, désespérante, l'expression parfaite de ce qu'il y a de plus navrant dans l'humanité. Personne ne peut rendre un idiot intelligent, ne rêvez pas. Alors je fais quoi de ces gamins? Ceux qui sont plein de tares, ceux qui sont limités, ceux qui sont traumatisés... L'année dernière j'avais réussi à gérer, parce que des cas aussi sérieux j'en avais que deux. Là ils sont trop nombreux, je capote.

Quand je les regarde je trouve la vie injuste. Et je déteste l'injustice. Et je déteste la faiblesse. La mienne. La leur.

Alors je les regarde le moins possible. En attendant de trouver mieux. Je tente de rester la plus gentille possible, de ne pas les prendre définitivement en grippe. Je tente d'être quand même leur maîtresse. Même si Darwin me donne envie de les émiminer tout de suite. De ne garder que les plus forts. De ne construire que là où c'est possible. Parce qu'avec ces gamins, c'est comme bâtir des châteaux dans des sables mouvants. Peut importe ce qu'on leur enseigne, ce qu'on tente d'expliquer, ça disparait inexorablement, sans qu'on puisse lutter, ni nous, ni eux. Ils sombrent. Et j'assiste à la catastrophe sans pouvoir trop rien faire. Avec l'envie de tourner le dos, de fuir. Instinct de survie.

Quand je les regarde je trouve la vie injuste. Et je ne veux pas me laisser faire, je ne veux pas baisser les bras. A l'image de Don Quichotte. Se battre pardce que justement moi, j'ai la chance de savoir, de pouvoir, la chance d'être du bon côté de la barrière de Darwin. Tenter de leur apporter ce que j'ai reçu, un peu. Il faut une bonne dose d'inconscience pour vouloir bâtir des châteaux dans leurs sables mouvants. Mais si je ne le fais pas, si je ne leur offre pas cette chance, autant changer de métier de suite, et autant brader toutes mes valeurs en partant. Je rumine ma peine, je cherche comment. Comment faire pour laisser ne serait-ce qu'une trace, quelque chose qui ferait la différence, pour aller les chercher dans ces retranchements de bêtise. Je tente. Encore et encore. Rien ne prend. Le sable avale tout.

Leurs yeux béants me laisse seule.

Et je me dis que Darwin a raison. Jusqu'au bout. Avec cet effroi devant un massacre annoncé, je me tiens devant le trou creusé par la société pour eux. Parce que Darwin a inexorablement raison.

Les plus faibles ne survivront pas.

Posté par Eddie à 15:04 - Le plus beau métier du monde - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 novembre 2007

Et avec ça ma p'tite dame, ce s'ra?

Catégorie: Le plus beau métier du monde

A peine sortie d'un stress qu'il faut enchaîner avec un autre. J'enlève ma casquette de super maîtresse pour mettre celle de super comptable/manager et planifier la fête de noël et son fameux marché, sensé nous rapporter quelques sous, et pas nous en coûter. Si on m'avait dit qu'être maîtresse c'était aussi jouer à la marchande!

L'année dernière on avait eu chaud. A peine rentré dans nos frais. La faute à trop de scrupules. Impossible d'afficher des prix corrects sans culpabiliser à mort sur ses pauvres familles qui n'ont pas d'argent et ses pauvres parents qu'on prend pour des vaches à lait. On avait opté pour la techique plus élégante du prix minimum augmenté d'un "si vous pouvez donner plus"... mais au vu des résultats une constatation s'impose - lamentable mais évidente - il faut raquetter pour faire du chiffre.

Oui mais il faut aussi et avant tout vendre, et bien évidemment TOUT vendre. Trop de calendriers et autres babioles multicolores qui vous restent sur les bras - la plupart du temps invendables l'année suivante bien sûr - et vous mangez la marge, voir vous en êtes de votre poche.

C'est donc toute une stratégie, lors du passage de commande de fournitures d'abord. Cette étape là est passée. Ouf. J'en suis maintenant à l'étape où on met tout ça entre les mains des gamins en se répétant intérieurement ce mantra "pourvu qu'ils ne massacrent pas tout, pourvu qu'ils ne massacrent pas tout, pourvu qu'ils ne massacrent pas tout"... et on montre les jolis models qu'on a préparé, et on donne des consignes à tout va, et on réajuste le tir à la dernière minute parce que forcément des gamins de 9 ans plutôt maladroits et excités ne peuvent pas faire comme l'adulte patiente et débrouillarde que je suis - traduisez "le papier maîtresse il se déchirent en plein de mimis avec la colle et même que j'ai fait un trou là maîtresse et même que maîtresse regarde ça se décooooolle!"... on respire, on reste zen.

Les étapes suivantes, c'est la vente. Au porte à porte d'abord. Où je vais regarder d'un oeil anxieux les piles de machins et de trucs diminuer ou non, et jauger en quelques jours à peine ce qui va nous rester sur les bras. Il faut bien sûr garder certaines chose de côté pour le vrai marché de noël qui aura lieu à l'école. Là encore... garder mais ne pas trop garder, là est la question.

Tout est une question de dosage en fait, de réflexion. Et je réflexionne toute seule, ce qui est pénible. Surtout que je déteste réflexionner quand il y a de l'argent en jeu, ça me crispe. Et vu que j'organise ça toute seule comme une grande, si je rate mon coup et qu'on y est de notre poche - et que le marché est merdique - ben ça sera entièrement ma faute. Génial. D'un autre côté, comme c'est moi qui fait les comptes de la coopé, ben personne saura la vérité hein, j'aurai qu'à dire que ça à bien marché, même si c'est pas vrai!

J'en suis pas encore là. Pour le moment tout est encore jouable. Pourvu qu'on y réfléchisse bien. Qu'on y mette de soi - enfin de moi - un minimum, et qu'ils s'y donnent à fond - no problem jusque là - en s'appliquant. On est dans le timing, ou presque. J'ai bon espoir.

Comment ça je suis naïve?

Posté par Eddie à 15:02 - Le plus beau métier du monde - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2007

Approuvée

Catégorie: La Vie de la Maîtresse

Inspection passée, ouf. Passée et bien passée. Pour faire court, on va dire que mieux c'était pas possible. Pour faire court on va dire que ça s'est passé comme dans un rêve, que c'était parfait. Vraiment parfait. Que ça fait plaisir d'avoir des compliments comme ceux-là. De savoir qu'on fait du bon travail, tout simplement.

Y'a plus qu'à continuer. Avec en plus cette petite certitude rangée maintenant dans un coin de ma tête.

Je suis une bonne maîtresse.

Posté par Eddie à 15:01 - La Vie de la Maîtresse - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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