18 octobre 2008
Sauf que...
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Histoire de contrebalancer le post précédent en montrant que je ne suis pas perdue dans une école imaginairement idylique, petit apercu de ce à quoi j'ai aussi droit à l'école...
Certains élèves ont des parents qui ne savent ni lire, ni écrire.
Certains élèves passent leurs crises de nerfs en hurlant à qui veut l'entendre "va te faire enc..., conn... de ta mère, sales fils de p..., je vais vous défoncer la g... enc...!".
Certains élèves ne connaissent pas leurs frères ou leurs soeurs parce que ceux-ci ont eu la malheureuse idée d'épouser "une personne de couleur".
Certains élèves ne font qu'un seul repas par jour: celui de la cantine.
Certains élèves trouvent normal qu'on les battent.
Certains élèves dessinent des croix gamées sur leurs ardoises.
Certains élèves coincent les filles aux toilettes.
Certains élèves portent des chaussures d'été même en hiver.
Certains élèves font plusieurs kilomètres à pied pour venir à l'école.
Certains élèves viennent à l'école quand les parents y pensent.
Certains élèves sont oubliés à l'école par leurs parents à qui l'on est obligé de téléphoner pour leur rappeler de venir les chercher.
Certains élèves ne comprennent rien à ce que l'on attend d'eux.
Certains élèves restent malades un moment sans aller chez le médecin.
Certains élèves sont sales, sentent mauvais, portent de vieux vêtements hors d'usage.
Certains élèves nous répètent que maman a dit que c'était une école de merde.
Certains élèves ont des parents qui nous traitent de sales fonctionnaires.
Certains élèves disent qu'ils ont envie de mourir.
Certains élèves ne savent pas ce que c'est un travail quand on leur demande quels travails font leurs parents.
Et pourtant, je m'en sors bien, et je ne changerai de place pour rien au monde pour le moment. Parce que je ne suis pas folle: finalement, c'est partout pareil.
Ou alors c'est pire.
16 octobre 2008
Vernie
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Quand je lis les blogs de mes collègues et que je parcours les forums d'instits, je me dis que vraiment, mes gamins sont adorables.
Les miens ils se taisent quand je dis de se taire, sans que j'ai besoin de hurler (je donnerai bientôt des tuyaux!).
Les miens ils ne m'insultent pas, je crois que ça ne leur viendrait même pas à l'idée.
Les miens je peux les laisser seuls dans la classe pendant 10 longues minutes, quand je reviens c'est comme si j'étais pas partie.
Les miens quand je fais une remarque, ils en tiennent compte.
Les miens quand j'interdis un truc, ils n'insistent pas.
Les miens ils bossent vachement beaucoup quand même, et ils font tous de gros efforts.
Les miens ils râlent jamais pour de vrai, juste pour faire genre, histoire de quand même.
Les miens ils rigolent de mes pitreries.
Les miens ne me répondent pas.
Les miens font leurs devoirs.
Les miens, quand ils ne s'aiment pas, ils se supportent quand même.
Alors oui quand même, ils sont casse-pieds, remuants, bavards, ça se chamaille, ça se chipougne, il faut répéter sans cesse mais franchement, à côté de ce que vivent certains de mes collègues, c'est rien. Et dire que je suis censée être dans une des pires circos du département, voir du pays, que quand j'ai demandé ce poste à l'iufm on m'a regardée comme si je demandais un poste à Bagdad, c'est à n'y rien comprendre!
En tout cas je crois que je vais pas bouger d'ici avant un bail moi...
03 octobre 2008
Tout est dans le détail
Catégorie: Mots d'Enfants
Comme je passe à côté de lui pour aller faire une photocopie alors que toute la classe est plongée en lecture silencieuse, un de mes élèves lève le doigt à la dérobade, se tortillant sur sa chaise. Je stoppe un instant et chuchotte:
- Oui T.? Qu'est-ce qui y'a?
- Je peux aller aux toilettes maîtresse?
Je ne réfléchis pas, je suis trop pressée et concentrée sur mes photocopies et en plus ce genre de question m'agace. Re-chuchotage pour ne déranger personne.
- Oui, vas faire pipi, dépêche toi.
Et je fonce vers la photocopieuse dans la couloir. Deux trois tapotage de touches, vlam vlam vlam, je reviens avec mes trois photocopies et passant à côté de T. je réalise qu'il est toujours à sa place, se tortillant pire que tout.
- Ben T., je t'ai dit que tu pouvais aller faire pipi!?
Sous entendu "qu'est-ce que tu fais encore là surtout que tu as l'air à la toture"... Et là le gamin me regarde, dans une crispation implorante, et chuchotte.
- Oui mais moi je veux faire caca...
J'ai bien sûr étendu la permission au caca, en essayant de ne pas exploser de rire.
Entre gens de bonne compagnie
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Dans la foulée de "ils n'écoutent rien ma pauv' dame" j'en remets une couche aujourd'hui avec une énorme crise de colère piquée cette après-midi après avoir laborieusement passé une demi-heure à faire la police pour leur faire copier 2 lignes de devoirs. Au sortir de ce bras de fer j'étais tellement mécontente que j'ai éclatée, furax, et qu'au lieu de me lancer avec eux dans la suite de notre travail d'arts visuels, je leur ai collé de l'écriture pour le reste de l'aprem, en leur disant que pusqu'ils ne faisaient pas d'efforts, et ben moi non plus.
Ils ont tirés la gueule et n'ont plus bougé une oreille. Le truc pénible, c'est qu'ils s'agitent tant que je ne leur ai pas personnellement fait la remarque de se taire, de se rasseoir, d'arrêter de traîner les pieds sous la chaise... Que je vienne de faire la remarque pour exactement la même chose au voisin?... Mais pensez-vous donc, ça ne les concerne pas, eux ils continuent de tranquillement bavarder, se lancer leurs stylos à la figure, couper leur gomme, j'en passe et le reste!
Alors cet aprem, avec le coup d'une demi-heure dans un bordel sans nom pour copier deux lignes de textes, à me retourner dans tus les sens pour les rappeler à l'ordre les uns après les autres, j'ai explosée. Bien sûr, il y a toujours les pauvres élèves qui n'ont rien fait, et qui écopent pour la majorité. Et c'est pas juste. Alors j'ai rusé. J'ai collé de l'écriture, certes, mais avec une peine graduelle. Les élèves les plus sages n'ont ainsi copié que le premier texte - un peu d'écriture ça ne leur fait jamais de mal - et ont pu ensuite aller à la bcd pour lire et jouer à des jeux pédagogiques. Les déjà un peu plus casse-pieds ont du copier un deuxième texte avant de pouvoir aussi avoir droit à la bcd et aux activités ludiques. Et ensuite, les très casse-pieds, eux je me les suis gardé bien vissés sur leurs chaises, textes à l'appui, jusqu'à la récré. Ma collègue étant déjà dehors dans la courre, j'ai mis les bons éléments dehors, et je suis restée en tête à tête avec les perturbateurs en tout genre: les lents, les têtes en l'air, les bavards, les faiseurs d'histoire, les "je-me-lève", les "j'ai-jamais-mes-affaires", les "je-m'en-fous" et là, j'y ai été franco. J'ai été claire sur le fait qu'ils nous mettent systématiquement en retard, chacun leur tour, chacun à leur manière, qu'ils perturbent systématiquement la classe, et que c'est inadmissible. J'ai été claire, et j'ai bien expliquée qu'à partir de maintenant, je ne répétais plus, plus rien. Que les punitions tomberaient direct. Ils étaient littéralement contris, minables, et j'espère bien que ce remontage de bretelles en règle aura son petit effet, au moins jusqu'au vacances de la Toussaint. Car je ne fais même pas d'illusion sur le fait qu'il faudra recommencer l'exercice très vite. Je les ai ensuite laissé copier encore un peu.
Je vous jure que j'avais une belle brochette là, assis tous penauds devant moi, le nez devant leur feuille façon boulet à la patte. C'est que ça fait les malins, ça n'écoute rien, et après ça s'étonne d'écoper la merde. Sérieux, je me demande comment ça se passe chez eux, quand je vois à quel point ils ont l'habitude de faire ce qu'ils veulent, sans conséquence.
Mais pas avec moi, pas dans ma classe.
Et à bon entendeur, j'ai mis tout le monde en récré. La maîtresse avec.
01 octobre 2008
Votre attention s'il vous plait...
Catégorie: Mots d'Enfants
Vu que durant ma première année d'exercice je m'étais fait remonter les bretelles par le capitaine des pompiers en personne sur le fait qu'on ne faisait pas les exercices incendie de rigueur, je peux vous dire qu'aujourd'hui c'est au programme de chaque début d'année, comme il se doit.
Avec ma collègue on avait donc fixé un jour et une heure, et à l'heure dite hier je la vois donc passer devant mes fenêtres. Oui parce que comme c'est une petite école, nous n'avons pas de sonnerie, donc la seule alerte incendie possible c'est le sifflet - rigolez pas c'est de rigueur - sauf que comme nos classes sont très éloignées l'une de l'autre, le sifflet on l'entend pas. On avait donc convenu que pour moi l'alarme c'était quand je la voyais passer devant les fenêtres de ma classe avec ses élèves.
Je prends alors ma voix la plus sérieuse et j'annonce:
"Posez-vos stylos et écoutez bien. On va faire un exercice d'alerte incendie. C'est comme si y'avait le feu, on va évacuer la classe. Vous laissez vos affaires comme ça et vous mettez en rang sans courir et sans crier. Dépêcher vous. Dans le calme."
Super pro. Mes élèves se lèvent, morts de rire bien sûr, se mettent en rang, ou plutôt en troupeaux, assez sérieusement quand même, pas de cri, pas de chahut, pas trop mal. Sauf deux trois que je vois farfouiller dans leurs casiers. Alors je m'énerve un peu.
- Mais vous faites quoi là, aller dépêcher vous, en rang, on laisse ses affaires j'ai dit!
Un des élèves en cause, très relax, relève le nez de son casier, les mains pleines de bazar.
- Mais maitresse attends, je cherche mes pokémons...
...???...
Alors là je m'énerve encore plus, j'le crois pas.
- Quoi?! Quels pokémons???!!!
Et son camarade juste à côté, l'air stoïque, genre la maîtresse elle suit rien.
- Ben maîtresse, on prend nos cartes, c'est la récréation!
Les bras m'en sont tombés, j'ai fait des yeux ronds comme si on j'avais pris un coup de poëlle derrière la tête et deux secondes plus tard - le temps que je réalise l'énormité de la bêtise - ma gorge s'est grande ouverte.
- MAIS C'EST N'IMPORTE QUOI VOUS ECOUTEZ QUAND JE PARLE J'AI DIT ALERTE INCENDIE ALORS DEPECHEZ VOUS BON SANG C'EST PAS POSSIBLE JE VAIS ME FACHER C'EST UNE ALERTE INCENDIE PAS LA RECRE VOUS ECOUTEZ RIEN CA M'AGACE EN RAAAAAAAAAAANG!!!!
Autant vous dire qu'ils se sont mis en rang en quatrième vitesse sans trop comprendre ce qui ce passait et que tout ce petit monde est sorti de la classe en se dépêchant.
Moi j'ai failli pas les suivre tellement j'en revenais pas. Depuis j'ai un doute.
Vous croyez qu'ils m'écoutent vraiment quand je parle?
