30 mars 2009
Journée sans
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Aujourd'hui j'étais sous antibiotiques.
Aujourd'hui ma journée n'était pas prête.
Aujourd'hui un gamin de ma classe était en deuil.
Aujourd'hui le conseiller péda m'a snobé.
Aujourd'hui j'ai oublié de distribuer la leçon de sciences.
Aujourd'hui ma collègue était de mauvaise humeur.
Aujourd'hui j'ai claqué la porte de ma classe.
Aujourd'hui j'ai évité le conseiller péda.
Aujourd'hui il n'y avait plus de cahiers neufs en réserve.
Aujourd'hui j'ai attendu le silence pendant 10 minutes.
Aujourd'hui un de mes élèves a mis le feu aux toilettes.
Aujourd'hui, c'était une journée merdique.
25 mars 2009
Tenir la distance
Catégorie: Organisation et gestion de classe
J'ai bien lu tous vos conseils au sujet du débordement dont j'étais victime dans ma classe, et quelques un m'ont donné des idées pour remettre un peu d'ordre. J'ai ainsi pu modifier mon système de permis de comportement, et le nouveau système fonctionne bien pour l'instant. D'ailleurs il faudra que je parle un peu du permis que j'ai mis en place quand j'aurai le temps, ça peut servir à d'autres.
Pour ce qui est de mon élève pénible, tout le temps debout, ce qui devait arriver arriva, et j'ai convoqué ses parents pour la semaine prochaine. Il ne fait pas son travail et comble du comble, il s'est même mis à me répondre, car comme il est puni de beaucoup de chose et que ça ne lui plait pas, il conteste. Moi je le remet à sa place, et il conteste encore, je gueule un peu plus, il me répond, et là je gueule beaucoup. Donc trop c'est trop, et même si je sais que son père est violent et que s'en suivra une bonne rouste, ça lui fera les pieds. De toute façon, je n'ai guère d'autres solutions à ce stade là. Surtout que l'astuce de lui enlever la chaise, et ben moi je peux pas, car j'ai des bureaux à l'ancienne où les chaises sont solidaire du corps du bureau. Donc quand mes élèves sont mal assis, à part leur faire remarquer et me fâcher, je ne peux pas faire grand chose. L'avantage c'est qu'ils ne se balancent pas! Mais pour le travail en groupe, c'est pas évident...
Au sujet de la bcd, j'ai mis en place un truc révolutionnaire, un truc que je trouve génial. J'ai dégagé une demi-heure par jour dans l'emploi du temps pour un moment bibliothèque. Après le repas, nous allons dans la salle de sport où nous avons installé des matelas et des coussins que nous avons récupéré des familles. J'ai dégoté des présentoirs dans les remises de l'école, et j'ai acheté quelques bacs, et hop: voilà une petite bibliothèque improvisée. Elle ne remplace pas la bcd, qui reste toujours dans ma classe. C'est juste que là, je fais une sélection de livre que je mets en évidence pour les enfants. Et pendant une demi-heure, ils s'installent avec un livre, seul ou à plusieurs, ils peuvent en changer, ou emprunter ceux qui leurs plaisent. Du coup moi ça me fait un moment de calme dans la journée où je peux vérifier qui a emprunté quoi, suspendre les emprunts de ceux qui tardent trop à rendre leurs livres, conseiller les élèves qui ne savent pas quoi choisir etc... C'est un moment d'échange autour des livres, et surtout, c'est un moment où ils lisent avec plaisir! Je suis persuadée que la plupart de ces enfants ne font jamais ça à la maison: se poser dans un coin confortable avec un livre, pour lire. Et c'est bien dommage. Voilà donc un moment bienvenue, qui prend un peu le relais de la sieste des petits - car à l'origine de ce moment l'idée c'était de trouver une activités calme et agréable après le repas, j'ai tenté la relaxation et l'écoute musicale mais ils n'ont pas aimé. Et le meilleur c'est qu'ils adorent, et que ça se passe très très bien pour le moment. A suivre...
Pour ce qui est des activités d'attente, en fait j'ai des idées, mais je n'ai rien mis en place. Pour le moment, mon truc c'est de limiter les moments d'attente en prévoyant plus de travail que de nécessaire. Ainsi les élèves qui finissent le travail en avance ont un autre travail en plus. genre je prévois une feuille d'exercices sur l'adjectif qualificatif que tout le monde doit faire, avec les exercices utiles qui m'intéressent le plus, et une deuxième feuille avec des exercices plus anecdotiques de façon à ne pas pénaliser les élèves qui n'ont pas le temps de les faire. C'est une bonne façon de faire je trouve, même s'il faudrait affiner le système. Une autre bonne idée que je mettrais en place l'année prochaine semble-t-il, c'est celle du fichier d'attente que les élèves ont dans leur casier. En fait moi j'ai un fichier général pour tout le monde au fond de la classe et ça faisait le bazar, alors qu'il suffirait juste de faire une chemise par élève, avec des fiches individuels à portée de main. C'est à venir.
Au sujet des tâches de la classe, j'ai suivi vos conseils et je les ai regroupé pour qu'il y en ai moins. Du coup, tous les élèves n'ont pas de tâches, elles sont réservés aux élèves dont le comportement est correct, et donnent droit à des étoiles si elles sont bien effectuées. L'effet positif c'est qu'ils sont remotivés pour remplir leurs tâches, qu'elles ont repris du prestige et de l'importance. Pour moi, c'est plus facile à gérer, car j'ai moins d'élèves à surveiller. Bon ceux qui n'ont pas de tâche râlent un peu, mais c'est le jeu!
Voilà, avec tout ça, j'ai repris le dessus. Pourtant à cette période de l'année, tout devient casse-pied car tous les disfonctionnements nous apparaissent clairement et c'est le moment où on commence à dire "l'année prochaine, je ferai comme ça, l'année prochaine il faudra que je change ça..." et du coup il ne nous tarde qu'une chose: l'année prochaine! Histoire de remettre à plat tout ça, et d'améliorer encore les choses. Alors j'ai ressorti mon carnet à idées et je note, au fur à mesure, tout ce qu'il va falloir bosser cet été. Et je dois le dire, c'est quand même un petit plaisir que d'avoir toutes ces idées qui s'alignent, c'est encourageant.
Même si en attendant, il va falloir tirer jusqu'à la fin de l'année en claudiquant!
Compagnie de fortune
Catégorie: Organisation et gestion de classe
Suite à cet article sur le blog de Miss Titane je réagis moi aussi en disant quelques mots sur ces fameuses 2h de soutien car justement hier j'avais une réunion "nuit des écoles" avec quelques parents d'élèves à l'école de Piverte et nous en avons un peu discuté.
Au contraire de certains, dès l'annonce de la mesure, moi j'ai pesté comme une buse. Pourquoi? Honnêtement parce que ça rallongeait ma journée de travail, et que franchement j'avais pas besoin de ça. Je cours déjà après le temps pour pouvoir tout corriger, préparer toutes mes séquences, organiser les locaux et le matériel. Donc une demi-heure de plus par jour, c'était mal-venu. Oui oui, c'est bien connu, les enseignants sont des fainéants.
Et puis ensuite, ce qui me dérange personnellement, c'est le fait d'extérioriser la difficulté des élèves. Au lieu d'intégrer le soutien de ces élèves dans la journée de classe, dans la classe tout simplement, on les en extirpe. Comme si on disait "ta difficulté n'a rien à faire en classe, on va la solutionner à côté". Avant, les Rased intervenaient durant le temps de classe, souvant en réunissant des élèves en petits ateliers, et c'était un décroché, une vraie différentiation. Là, c'est plus une mise à l'écart. Les enfants le vivent comme ça d'ailleurs, malgré tous les efforts que nous faisons pour ne pas les stigmatiser. On leur rajoute du travail et du temps de travail en plus, sous prétexte de les aider, on en remet une couche. On ne s'adapte pas vraiment à eux, on ne leur propose pas vraiment un soutien qui leur correspond, car justement, la dernière chose dont ils ont besoin, c'est d'une couche supplémentaire, et d'une étiquette sur le front.
Alors bien sûr, on va me dire que tout dépend des conditions de mise en place, et je suis d'accord. C'est là aussi que ça blesse. Car effectivement sur le papier, on pourrait peut être en faire un truc bien, même s'il y aurait des choses bien plus appropriées et plus innovantes à mettre en place. Seulement voilà, on se heurte comme à chaque fois à la dure réalité, aux conditions matérielles. Concrètement dans notre école, le premier écueil fut le refus du transporteur de modifier les horaires du transport scolaire, pour des raisons tout à fait compréhensible de lignes à assurer. Nous assurons donc le soutien le soir, après la classe, plutôt qu'entre midi et deux comme nous le souhaitions. Certaines familles refusent alors le soutien tout simplement parce qu'ils ne peuvent pas venir chercher leurs gamins après. Ensuite, nous avons choisi une demi-heure par jour, parce que sinon, ça alourdit de trop les journées des élèves. Ok, et ben en une demi-heure je vous le dis, on fait pas grand chose. Car le temps que les gamins s'installent, qu'on se remettent dans des conditions de travail, on a déjà perdu 5 bonnes minutes. Le temps d'expliquer ce qu'on va faire, de distribuer le matériel et de lancer l'activité/l'exercice, on a encore perdu 5 bonnes minutes. Il reste 20 minutes de travail. Super. Avec des gamins fatigués, qui renaclent, et ben c'est pas évident. Et surtout, comment faire quand on a un bon tiers de ses élèves en vrai difficulté?! Je fais comment pour leur offrir à chacun un soutien vraiment adapté? Il faut du temps pour préparer les activités en fonction des besoins, et pour que le soutien soit efficace, je ne prends pas plus de 3 élèves par groupe. Comment je fais alors pour proposer à chacun de mes élèves en difficulté des plages de soutiens suffisantes avec des contenus adaptés? Et ben je vous le dis: je n'y arrive pas.
Pour le moment, je patauge donc toujours. J'essai de mettre au point des activités, j'essaie de voir qui en a le plus besoin, mais à l'arrivée, ça ne donne rien. Il n'y a aucun progrès chez les élèves qui ont eu des heures de soutien, et au mieux ils s'en fichent, au pire ils en ont marre. Et moi aussi. Ces deux heures sont devenues un vrai fardau. Je sais que je vais devoir me prendre la tête là dessus pendant les grandes vacances pour mettre un point quelque chose de plus efficace. Quoi? Je ne sais pas encore car ça dépendra aussi des nouveaux hoiraires de l'école. En tout cas là je n'ai pas vraiment le temps de me pencher sur le problème, même si ça me désespère, je dois faire avec. Et un immense sentiment de gâchis.
Comme d'habitude, ils nous ont pondu une mesure, et nous laisse nous démerder avec. C'est un peu comme s'ils débarquaient dans le hangar, envisageaient un vieux coucou tout dézingué à qui il manque la queue et avec le sourire nous lanceraient un "et ben alors, où est le problème?" alors qu'on doit faire la liaison Bamako-Montréal avec 150 tonnes de cargaison. On a juste envie de leur dire "ouais, sauf que ça, c'est pas un A380!". Autant dire qu'un fossé de la taille de la faille de San Andreas nous sépare!
En tout cas, s'il y en a parmi vous qui ont mis en place des choses qui fonctionnent, qui ont des astuces, des idées concernant ces fameuses 2h de soutien, n'hésitez pas à laisser un commentaire!
17 mars 2009
Kermit
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Ce matin, après avoir récupéré ma tasse de thé de 9h à la cantine, comme le veut l'habitude, je rejoins ma classe, sous un soleil de printemps en avance. Et là, à peine franchi le portail, je suis acueillie par des rires et des histoires de grenouilles. Je râle que je veux tout le monde dans la classe, tout le monde à sa place même et tout de suite. Ils se poussent tous du coude, je pose ma tasse sur le bureau, et alors que je réclame de nouveau un peu de silence, un de mes affreux s'esclaffent que "Y'a H. qu'a une rainette!"
Alors le première réaction de la maîtresse qui commence à avoir un peu l'habitude des gamins à la campagne, c'est de regarder les mains de la petite H. en question. Parce que c'est vrai, mes gosses ont toujours tout un tas de bestioles dans les mains, avec des tas de camarades plus ou moins curieux ou écoeurés autour: crapauds, vers de terre, scarabées en tout genre, lézards, sauterelles, araignées, parfois même des oiseaux! Mais dans les mains de la petite H., pas de reinette en vue. Sauf que la gamine a compris et me dit "Ah mais non maîtresse ils m'ont dit de la mettre dehors alors je l'ai mis dehors!".
Deuxième réaction de la maîtresse qui commence à avoir un peu l'habitude des gamins à la campagne: "Où ça dehors???". Parce que les petites bêtes, ils me les mettent partout, et surtout n'importe où!
Et là ça a l'air de rien mais j'ai bien fait de demander, parce que le gamine avait fait, il est vrai, au mieux. Elle avait bien compris qu'il ne fallait pas la mettre dans la cour, et avait donc opté pour l'autre option: la glisser dehors à travers le portail. Bien vu. Sauf que le portail, il donne sur la route. Ok c'est une petite route, une routinette, mais quand même, c'est pas un endroit pour une grenouille!
Je sors donc à la recherche de cette pauvre grenouille, et comme si je ne suffisais pas, mes élèves décident de faire également partie de l'équipe de secours. M'enboitant alors tous le pas, ils finissent aglutinés le long de la murette à se hisser sur la pointe des pieds pour m'observer ramper à plat ventre sur le bitume et tenter de récupérer cette pauvre rainette qui s'était réfugiée sous la voiture que ma collègue avait garée là. Comment ça y'a mieux pour démarrer la journée?... Z'êtes sûr?
Je finis donc par chopper la pauvre petite bête visiblement débousolée, et je m'empresse de l'emmener dans un endroit bien plus approprié, en surêté, tout en vociférant un "En classe!" pas piqué des hannetons à ma meute d'élèves en pamoison devant le petit batracien comme si c'était une tonne de bonbons compactés.
Revenant en classe, je retrouve mes élèves avec le sourire jusqu'aux oreilles, qui veulent savoir où j'ai mis la chose verte. Je réponds qu'elle est dans mes jardinières, au frais, avec de la compagnie puisque il y a déjà une rainette qui squatte mes plantations depuis un bail - la maligne elle a trouvé le bon coin! Mes élèves sont ravis, et je m'empresse de commenter que la pauvre bête a du trouver tout ça un peu perturbant, vu que dans ma tête, cette petite reinette était passée en quelques minutes du fossé devant l'école aux mains de mes affreux puis au bitume de la route et enfin à mes jardinières.
Et là, la réponse de H. me colle soudain un sacré doute: "Ah oui maîtresse, en plus t'as vu elle avait plein de miettes sur elle, elle avait plein de miettes de mon pain de mie!"
...
Question: comment à neuf heure du matin une petite rainette se retrouve-t-elle pleine de miettes de pain de mie? D'ailleurs comment une grenouille se retrouve-t-elle pleine de miettes tout court?!
Je connais mes affreux. Oh oui je les connais bien. Vu que la rainette était pleine de poussière de la route, je n'avais pas noté la présence des miettes, mais effectivement là qu'elle le disait, ce que j'avais pris pour de la poussière était peut être des miettes. Et d'un coup j'ai compris.
Voix de la maîtresse qui lève un sourcil perplexe: "Elle venait d'où cette grenouille H.?"
Et la gamine avec un grand sourire: "Ben de chez moi!"
Dois-je préciser que la môme en question fait une demi-heure de bus scolaire pour venir à l'école?...
Notre adorable amie la rainette avait donc fait le voyage au fond du cartable de la gamine, coincée entre les cahiers et les restes du petit déjeuner - pas vraiment en première classe sur air batracien donc, et après être passée entre les mains de tout le monde à la garderie, elle avait atterrie en plein milieu de la route. Vous parlez d'un voyage d'agrément! Elle a eu de la chance de finir là où elle a fini, croyez-moi.
Et j'aime beaucoup le dernier mot de N. avant qu'on démarre enfin notre journée, je crois que la petite chose verte a beaucoup apprécié aussi:
"En plus, c'est protégé comme bestiole ça maîtresse!"
Va falloir que je leur enseigne le sens du mot "protégé"...
