Une jeune instit à la campagne, des histoires, des astuces, du grand air! NDLR: je tiens à préciser que ce blog n'est qu'une pure et totale fiction et qu'aucune responsabilité ne pourra m'être imputée puisque dans la réalité je suis éleveuse de cailles!

20 avril 2010

Pleure pas la bouche pleine!

Catégorie: Le plus beau métier du monde

Suite à ce post de Mam'zelle Titane, j'ai réalisé à quel point la gestion de ma classe est une anecdote.

Je m'explique.

Depuis quelques semaines, je me plains à qui veut l'entendre que mes élèves sont in-su-ppor-tables. J'ai du tout simplement supprimer mon système de permis à points qui ne les impressionner plus du tout pour le remplacer par un système de le-permier-qui-bouge-une-oreille-de-travers-je-lui-colle-des-lignes... beaucoup plus efficace en fait. Primaire, mais efficace. Je me bas à longueur de journées contre les bavardages... car mes élèves ont pris la facheuse habitude de faire leurs vies en classe, tranquillement. Et quand je raconte ça, j'en parle comme si c'était la fin du monde, comme si ma classe était la plus affreuse du monde, avec une voix d'hystérique désespérée.

Sauf qu'en lisant ce post, j'ai réalisé qu'aucun élève ne s'était jamais permis de me dire qu'il ne ferait pas ses lignes, ou qu'il ne finirait pas son travail. Quand je les mets à la porte, ils ne la claquent pas. Aucun élève n'a jamais hurlé d'insultes dans ma classe. On pourrait penser que je suis une veinarde. Et dans un sens, c'est vrai. Je suis une veinarde. Pas parce que tous mes élèves sont des gentils, loin de là. J'ai d'ailleurs appris juste avant les vacances qu'un de mes élèves de CM2 de l'année dernière a réussi à se faire exclure définitivement du collège, après toute une série de bagarre, d'altercation avec les profs, de dégradation de matériels en tout genre... pas un tendre donc. Pourtant à part quelques geulantes, je n'ai jamais eu de gros soucis avec cet élève. Ni avec aucun autre. Tout simplement parce que je réussis à les gérer. Et c'est en ça que je suis veinarde. Mon histoire personnelle m'a armée pour faire face à ce genre d'élèves, à ce genre de situation. J'ai un feeling, des réflexes, des expériences, une vision des choses qui me permet de désamorcer les crises, de faire face sans jamais perdre la main, ni mon autorité. C'est en ça que je suis une veinarde, car rien n'est prévu dans note formation de prof quand à la gestion de ce genre de crise. On ne nous apprend pas comment faire avec un élève qui défit l'autorité, qui provoque, qui va jusqu'à la violence. Chaque prof se retrouve seul, avec ce qu'il pense savoir de l'autorité, les conceptions qu'il a de son rôle, de sa propre autorité, avec ce qu'il sait de la psychologie humaine, de la psychologie des enfants ou des ados, et souvent seul avec beaucoup de questions et peu de réponses.

C'est presque un don du ciel que de savoir faire face à ce genre de situations. Franchement, à côté de ces questions là, les barvardages de mes élèves sont une anecdotes, et je relativise. Je ne me plaindrais plus. Je chercherais des solutions à mes petits problèmes de gestion de classe, en gardant à l'esprit que ce sont des petits problèmes.

Et en compatissant avec tous mes collègues qui ont de bien plus gros soucis.

Posté par Eddie à 00:34 - Le plus beau métier du monde - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Ben dis donc, si j'étais susceptible, je le prendrais plutôt mal, ton petit billet.
    T'as de la chance, je ne le suis pas.

    C'est vrai qu'il y a des profs qui ne rencontrent pas la remise en cause d'autorité dont je parlais, et pour qui la relation avec les élèves est paisible naturellement. Ils dégagent peut-être une sorte de calme, une absence de crispation, qui font que c'est moins un défi lancé à l'élève ("j'ai l'autorité, essaye de me défier et tu vas voir"), quand d'autres comme moi sont tellement attachés à l'idée de ne pas perdre la main, de ne pas perdre le dessus, qu'ils finissent par communiquer cette espèce de crispation, de tension, aux enfants, d'où des affrontements qui peuvent dégénérer.
    C'est peut-être en partie vrai.

    D'un autre côté, il y a d'autres facteurs que le facteur prof, qui entrent en jeu.
    C'est là où ça me fait bizarre, de lire "Tout simplement parce que je réussis à les gérer. Et c'est en ça que je suis veinarde. Mon histoire personnelle m'a armée pour faire face à ce genre d'élèves, à ce genre de situation. J'ai un feeling, des réflexes, des expériences, une vision des choses qui me permet de désamorcer les crises, de faire face sans jamais perdre la main, ni mon autorité."
    J'aurais presque envie de dire que ça c'est ce que moi je pense de moi certaines années, dans les classes où ça va et où certains débuts de crise sont vite calmés, vite apaisés.
    Je ne te souhaite pas de te trouver dans des situations pourries, loin de là, mais je ne sais pas si ce que tu écris est 100% réaliste. Et bien sûr, aucun moyen de le vérifier...

    En résumé : si tu es dans le vrai, tu as bien de la chance.
    Bizarrement, je n'y crois pas vraiment.

    Posté par titane, 20 avril 2010 à 14:39
  • J'ai un peu la même réaction que Titane... Pendant 2 ans j'ai ravalé mes remarques quand à chaque récré mon collègue se gargarisait avec sa classe si sympa, quand moi je ne dormais plus juste à cause de 2 d'entre eux et que je remettais sérieusement en question mon aptitude pour ce boulot, moi qui n'avais jamais eu de gros problème jusque là. Le discours du collègue était "moi je suis un homme, j'ai une grosse voix, un feeling sans pareil avec les enfants, 25 ans de karaté derrière moi avec la maîtrise de soi qui va avec, 25 ans de métier aussi en ayant bossé avec des ados en difficulté, en IME, en segpa, etc, moi aucune classe ne me résiste, j'ai le charisme et l'autorité nécessaires." Toi tu constates, tu te fais toute petite et tu cogites.
    Et puis bong, 2 ans plus tard, ben... il n'y arrive pas non plus avec ces 2 numéros.
    Alors non je ne jubile pas, ces mômes, surtout un d'ailleurs, sont un vrai problème, et il faut que l'équipe fasse front de façon soudée. N'empêche que quelque part, tout au fond, ben ça me fait du bien de savoir que ça ne vient pas "que de moi".
    Et vraiment je ne te souhaite pas de rencontrer ces cas qui font vaciller... même les fortes têtes qui ont 25 ans de métier et qui maîtrisent parfaitement la gestion des fortes têtes. Ben ya des fois, ces fortes têtes... résistent même aux plus aguerris.

    Au fait, ayant bossé en pleine campagne pendant plusieurs années, classe multi-niveaux toussa, puis à la grande ville, ben je trouve que les profils sont vraiment différents. Des cas difficiles il y en a des 2 côtés, mais ce ne sont pas les mêmes. Bon, des lancements de chaises, il y en a des 2 côtés aussi, mais il y a moins l'effet de "bandes" et "Ce soir je reviens avec mes potes et leurs grands frères et tu vas voir ta voiture". Jamais vu à la campagne, ça, et heureusement.

    Bon courage avec tes petits bavards ceci dit, parce que c'est usant d'une autre façon, ça !!!

    Posté par Je Rêve, 20 avril 2010 à 23:49
  • Je pense aussi qu'il y a derrière tout ça beaucoup d'intelligence et de respect de l'autre! Parfois j'essaie d'analyser le pourquoi de mon autorité "née"...
    je les respecte, je les écoute, mais je sais aussi les arrêter, je les cadre et les cadres sont toujours les mêmes et donc ils savent à quoi s'attendre... et puis le cadre c'est aussi la protection, la protection c'est vital lorsqu'on est à l'extérieur de sa famille... bref, je ne représente pas une menace, bien au contraire, et du coup pourquoi remettre en cause ce que je demande puisque ce n'est pas là pour me détruire mais bien pour me faire grandir?!
    Cheminement de pensée un peu brut, mais qui ressemble à ce qui se passe dans ma classe et malgrè des vies diffciles pour certains, un élève extrèmement perturbateur car malheureusement très perturbé (des fois, quand je vois leur vécu, je me dis que je n'en supporterais pas un 1àème à mon âge !!) et bien ils sont tous toujours heureux de venir en classe!
    Quel boulout, épuisant, minant, rongeant mais si beau quand on arrive à avoir du recul (mais je n'en ai pas souvent )

    Posté par __L__, 27 avril 2010 à 19:41
  • Longtemps que je n'avais pas commenté ici mais j'ai très très envie de réagir. Cette année, je suis remplaçante. Je change de classe tous les jours ou presque (mon maximum sur un poste, jusqu'ici, c'est une semaine !), c'est à dire que je vois énormément de gamins, très différents, dans des écoles très différentes, des milieux très différents.
    Parfois, ça se passe très très bien, je rentre chez moi heureuse en me disant que c'était une belle journée, qu'il n'y a pas eu de débordements et que les gosses ont bien bossé. Que j'ai GERE.
    Parfois, je rentre un peu plus sceptique, pas alarmée,mais un peu inquiète, un peu tendue, parce qu'il y a eu quelques frictions. Dans ces cas là, j'ai A PEU PRES GERE.
    Et puis d'autres fois (enfin, cela m'est arrivé une fois pour l'instant et je prie le ciel pour qu'il n'y en ait pas d'autres), je rentre chez moi en pleurant comme une madelaine parce que les gamins ont été insolents, vulgaires, ont refusé de travailler, refusé même de sortir leurs cartables, parce qu'ils m'ont défiée, insultée, parce que les menaces ne marchaient pas, parce que les punitions ne marchaient pas ("qu'est ce que tu veux que j'en ai à branler de ta punition de merde ???"), parce qu'ils ont été violents les uns envers les autres et envers moi parfois. Et là je me dis non, je NE GERE PAS, je n'ai pas d'autorité...
    Seulement, le lendemain, on relativise. Tout dépend des gosses. Et effectivement je pense que ton article n'est pas tout à fait réaliste... Je ne te souhaite pas de te retrouver dans des situations où l'on te dit "tu vas voir mon père va venir te péter la gueule à la récréation !" et où à la fin de la journée, tu constates qu'enseigner, c'est parfois être aussi complètement impuissant face à certains.
    Bien sûr, à cela on pourra rétorquer que je suis remplaçante et que ce statut, par définition, laisse peu de place à l'autorité réelle. Peut être. L'autorité, je cours après tous les jours, parfois ça marche très bien, d'autres moins, et d'autres je me sens bafouée dans mon identité d'instit' parce que les élèves ne me respectent pas. Je pense commencer à cerner un peu tout ce qu'il y a derrière l'autorité, tous les problèmes que ça pose etc.
    J'ai rencontré énormément de gamins, tous différents, différents profils, différents comportements. Parfois, je suis rentrée chez moi soulagée de ne pas avoir à retourner à l'école le lendemain. Parfois, je me suis couchée le soir en pleurant parce qu'il fallait y retourner le lendemain, et pourtant, je t'assure, j'avais fait mon maximum la veille pour ne rien laisser passer, c'était une bataille permanente pour les faire s'asseoir, sortir leurs affaires, se mettre à bosser, me parler correctement... Ce qu'on pense être à la base donc.
    Je ne te souhaite pas d'avoir à te battre pour tout ça.

    Posté par Mirabelle, 20 mai 2010 à 11:51

Gribouiller sur l'ardoise?