Une jeune instit à la campagne, des histoires, des astuces, du grand air!

23 décembre 2008

Et avec ça, ce s'ra tout?

Catégorie: Organisation et gestion de classe

Mon cadeau de noël en tant que maîtresse c'est... deux nouvelles inscriptions. Je ferai donc ma rentrée de janvier avec 29 élèves - une CE2 et un CM1 en plus. Youpi.

La question fondamentale qui se pose, c'est surtout de savoir où je vais les mettre, vu que ma salle de classe ne s'agrandit pas elle, bien au contraire: grâce à Baloo on a réussi à avoir des ordinateurs, de récup certes, mais pas trop merdiques, et j'ai donc deux autres nouveaux pensionnaires dans la classe!

Il a fallu aménager, un peu en catastrophe c'est vrai, un petit coin informatique ce qui m'oblige à revoir toute l'organisation de la classe si je veux arriver à caser tout le monde. Pour le moment, je m'estime en vacances bien méritées, donc je n'y réfléchis pas. Mais je sais qu'il va absolument falloir que je prenne plusieurs jours pour préparer ma classe avant la rentrée, et à mon avis une de ces journée sera entièrement dévolue à un réaménagement de l'espace!

L'avantage de ces deux nouvelles inscriptions, c'est la futur ouverture de classe qui commence à paraître inévitable. On en parle depuis l'année dernière déjà, et on avait déjà demandé une ouverture pour cette année, mais notre effectif était trop limite. Là par contre, vu les chiffres, il semblerait bien qu'on ne puisse pas nous la refuser. Ce serait vraiment aberrant. Reste que rien n'est jamais gagné - et de la part de l'académie rien ne me surprend plus - donc je ne m'avance pas. Mais je rêve secrétement des futurs changements que ça apporterait, le plus important d'entre eux étant la disparition de nos deux triples niveaux pour passer à trois classes doubles niveaux. Une vraie bouffée d'oxygène...

Je garde ça en tête tandis que je me demande ce que va donner ma classe avec 29 élèves. Je trouvais déjà l'effectif très limite, j'avais déjà du mal à gérer, à ce que ça garde un visage humain, une ambiance vivable, et que je n'y laisse pas ma peau, mais alors là... Surtout que des nouveaux en cours d'annnée, ça veut dire tout réexpliquer, ça veut dire des élèves qui ne tournent pas et qui empêchent la classe de tourner parce que toujours à la traîne, toujours en décalage, pendant un petit moment dumoins, le temps qu'ils s'y fassent. Ils ne connaissent pas nos rituels, mes habitudes, mes façons de faire, et dieu sait que dans un triple niveau, c'est vital!

J'angoisse donc un peu, et je crois que je vais tabler sur un grand remaniment en général. De la même façon que je vais devoir revoir l'organisation de l'espace, je vais sans doute aussi refondre le système de discipline, disons plutôt l'affiner, revoir l'emploi du temps, et quelques autres points clefs du style les activités d'attente. Il faut aussi que je prenne une décision au sujet des projets...

Autrement dit, du boulot, du boulot, du boulot.

Et je rêve à mon double niveau...

Posté par Eddie à 17:46 - Organisation et gestion de classe - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


17 décembre 2008

La magie de noël

Catégorie: Evènements

Fête de noël passée - et plutôt bien passée - aujourd'hui à l'école. Et j'ai survécu. Fête de noël sans père noël, qui ne viendra que vendredi, dernier jour. Sauf que les gamins, même les plus grands, ont passé leur journée à ma demander si le père noël venait aujourd'hui. Question sous-entendue là dedans: est-ce qu'on aura nos cadeaux aujourd'hui?

Ah oui parce que je précise pour ceux qui n'en n'ont jamais fait l'expérience, mais dans les petites écoles de campagne visiblement - parce qu'il a fallu que j'atterrisse en pleine campagne pour découvrir ça - il est de tradition que les municipalités offrent des cadeaux aux élèves pour noël. Notre mairie a donc officiellement un budget noël pour les enfants et a également la délicatesse de laisser à nos bons soins le choix des cadeaux en questions.

Et donc, autant vous dire que les gamins attendent ça avec impatience! Sauf que pour les maîtresses c'est le casse tête, entre d'un côté les élèves qui croient encore au père noël et dont on ne veut pas briser le rêve abruptement, et ceux qui n'y croient plus et qui ont justement tendance à claironner leur savoir souvent tout frais sous le nez des premiers. Et nous on jongle, en expliquant que le vrai père noël on ne le voit jamais, que ceux des supermarchés sont juste là pour le remplacer en attendant, que non ce n'est pas être bébé que de croire au père noël, que si la maîtresse elle croit aussi au père noël...

Reste l'implacable logique des enfants, vous savez, cette logique qui leur fait régurgiter la vérité dès qu'ils savent parler aussi facilement qu'ils régurgitent leur lait quand ils sont bébés. Et bien voilà. C'est cette logique là qui a poussé J. à prendre discrètement sa maîtresse - ma collègue - à part, pour lui faire part d'un truc qui le chiffonnait:

- Mais maîtresse, vous nous dites qu'il faut pas mentir, mais vous vous nous mentez avec le père noël...

Oui je sais, c'est un grand classique des enfants. Et que répondre à ça? Ma collègue, n'étant pas préparée, est restée muette et a botté en touche. Et puis elle m'a soumis la question, à table, entre le poulet et les nouilles. Stoïquement je me suis mise à sa place, et je lui ai fait la réponse que j'aurai sans doute faite spontanément au gamin, si c'est à moi qu'il avait posé sa colle. Reste que ma réponse est très liée à ma vision de la vie, ma philosophie personnelle, et ce que représente noël pour moi.

Le père noël, ce n'est pas un mensonge. En réalité, le père noël existe vraiment, en chacun de nous. Pas sous la forme d'un gros bonhomme rouge et débonnaire qui se pointe une fois l'an pour rincer tout le monde en cadeau. Non. Mais sous la forme d'un espoir. D'une bonté. Le père noël c'est l'espérance que nous avons en chacun de nous que quelque chose de bien peut nous arriver, sans raison. C'est l'espoir de la chance. Le père noël c'est ce qui nous fait jouer au loto, croire au grand amour, c'est ce qui nous fait penser que oui on pourrait finir par publier le livre qu'on écrit, que oui un jour on pourra s'offrir le treck dont on rêve sur les pistes de l'himalaya. Le père noël c'est cette faculté psychologique qu'ont les êtres humains de penser que la vie est juste, et que même quand il nous arrive des bévues, forcément, quelque chose de bien doit venir après, comme si la vie nous le devait. Le père noël c'est ça, cette résistance, cette force à croire que la roue tourne, cette force qui permet d'avancer, cet espoir à toute épreuve, qui défie la raison, cet espoir d'un cadeau, d'une offrande, d'une petite chose gratuite, qu'on aura attendu longtemps ou même pas imaginée. Le père noël c'est ça: une espérance qui n'a pas de prix, pas de fin, que nous portons en nous, chacun, depuis l'enfance. Laisser les enfants croirent au père noël ce n'est pas les bercer de jolies histoires, ce n'est pas seulement du folklore, c'est aussi leur apprendre ça: dans la vie, il y a des cadeaux qui sont inespérés, offerts quand on ne s'y attend pas, il y a des cadeaux qu'on espère toute une vie, qui ne viennent jamais, mais qui pourtant vous tiennent chaud comme aucun autre, il y a des cadeaux de rien qui sont de grandes valeurs, il y a des cadeaux qui guérissent le temps d'un moment. Dans la vie, il y a des cadeaux.

Voilà pourquoi il n'y a rien de plus exeptionnel que les yeux brillants d'un enfant devant ses cadeaux de noël, pour peu qu'on les accompagne de ça, de cette magie, de ce mystère, de cet espoir, loin des dérives mercantiles et consumméristes. Parce que ces étoiles dans leurs yeux, c'est aussi de la confiance en la magie de la vie, en la vie elle même.

Si J. m'avait posé la question à moi, je lui aurais expliqué cela, avec des mots simples. Que le père noël c'est l'espoir. Que quand on grandit on continue d'avoir de l'espoir, des espérances, des attentes. Qu'on appelle plus ça le père noël, mais que ça fait rêver pareil, qu'on attend pareil, que parfois les cadeaux sont très chouettes, que parfois on est un peu déçu. Que quand on est grand, on se rend compte que c'est la vie qui fait des cadeaux. Que tout simplement, c'est la vie. Et que le père noël c'est pas un mensonge, c'est juste un personnage merveilleux qu'on a inventé pour les enfants, pour leur montrer que la vie peut aussi être magique parfois, pour de vrai.

Je ne sais pas si ma réponse l'aurait satisfait. Mais en tout cas, voilà pourquoi je peux en les regardant dans les yeux et avec le plus grand sérieux dire à mes élèves que oui, je crois au père noël.

Tout simplement parce que c'est vrai.

Posté par Eddie à 00:04 - Evènements - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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