Une jeune instit à la campagne, des histoires, des astuces, du grand air! NDLR: je tiens à préciser que ce blog n'est qu'une pure et totale fiction et qu'aucune responsabilité ne pourra m'être imputée puisque dans la réalité je suis éleveuse de cailles!

18 décembre 2009

Point focal

Catégorie: La Vie de la Maîtresse

Y'a que les crétins qui changent pas d'avis non? Et ben je suis pas une crétine.

A la base, je voulais changer de blog parce que, parce que, parce que. Y'avait un tas de parce que. Y'avait surtout un gros ras-le-bol du boulot. Et puis je suis tombée malade, je veux dire vraiment malade hein, de la vraie maladie qui oblige à se mettre en arrêt. Une semaine. Une semaine loin de mes élèves, à laisser ma classe et mes loulous à une autre maîtresse, à laisser mes collègues gérer l'école sans même savoir ce qui s'y tramait, et le reste.

Et puis j'ai repris. Deux jours. Denses. Pour cause de fête de noël et de partage en vacances. Deux jours et une évidence: je m'éclate à faire de job. J'aime mes élèves, j'aime leurs transmettre mon savoir, des savoirs, j'aime les accompagner, les soutenir, les former, j'aime tout ce qu'il est possible de faire avec eux, j'aime que tout soit possible avec eux, tout simplement.

Une deuxième évidence: l'institution pourrit tout. Oui attention le propos n'est pas politiquement correct mais merde hein, ras-le-bol de devoir se museler à cause de principes à la con. Quand les choses clochent, on a le droit de dire ce qu'on en pense, et peut être même le devoir de dire que ça va se casser la gueule, surtout quand on est bien placé dans la perspective du truc, voire carrément en dessous.

L'institution donc. Des programmes aussi digestes et utiles que les 27 tomes de l'encyclopédie de la faune et flore d'Ousbekistan occidentale, des réformes qu'on nous bombardent comme en balancerait un plat de purée à travers la cantine, des horaires et des rythmes aussi calés qu'un parkinsonnien dansant la techtonique, des formations creuses et pontifiantes aussi adaptées à nos besoins qu'un tricot à un saumon... j'arrête la liste elle est trop longue, désespérement longue, et ceux qui sont de la partie n'arrêtent pas de faire des appels du pieds pour dire que ça coincre sérieux, d'ailleurs à ce stade là c'est plus des appels du pieds mais c'est carrément devenu un show de claquette! Déprimant. Révoltant aussi. Parce que sur le terrain, on se défonce. On gueule aussi, on gueule et personne ne nous répond. Que du vent.

Bref. Tout ça pèse. Surtout quand on y rajoute les parents lourdingues qui soient s'en foutent soit nous méprisent, les restrictions en tout genre, les pincettes qu'on doit prendre en permanence pour tout et rien, tous ces rôles qu'on endossent et qui ne devraient pas être les nôtres... à la fin, la volonté, la motivation, l'enthousiasme, la vocation même, finissent par en prendre un coup et par disparaître derrière des règles à tenir, des quotas à remplir, des cases à cocher, des objectifs à atteindre. Que du blabla, de la paperasse, des normalisations, des mises en forme, des cadrages.

Dumoins j'avais disparu là-dessous, jusqu'à en trouver le métier limite moche, limite insupportable. Jusqu'à tout faire aux forceps, comme ces instits de 25 ans de carrière qu'on trouve aigris, brusques, désanchantés, désagréables. Avec seulement 3 ans et quelques mois de carrière, j'avais déjà quelques réflexes de ce genre. Lamentable. Tout ça parce que ma nouvelle directrice est très à cheval sur les réglements en tout genre, notes de service et autres, parce que l'école ayant grossit d'un coup tout ce qui faisait le charme de la petite école de campagne a disparu en quelques semaines à peine, parce que j'ai une classe bien chargée pour un double niveau et une nouvelle équipe de circo qui nous oblige à bien rester dans les clous. Tout ça me gonfle profondément.

Ces deux derniers jours j'ai compris que tout ça me pourrissait le métier, modifier ma façon de faire et pas qu'en bien et surtout m'usait beaucoup plus vite que prévu. Je jette donc tout ça au diable, et je reprends un peu de ma liberté et de ma légèreté. Je sais que je suis une bonne, une très bonne instit. J'en ai eu tout un tas de preuves concrètes de puis plus de 3 ans, j'en ai sous les yeux jours après jours quand je regarde mes élèves. car le plus important est bien là: mes élèves, et ce que je sais avoir fait et faire pour eux. Le reste n'est que foutaises.

L'institution pompeuse qui nous étouffe sous ses bonnes intentions utopiques et abacadabrantes, je la mets de côté. Je ne travaille pas pour des technocrates, des pédagogues, je ne travaille pas pour les parents, l'inspecteur, je ne travaille pas pour tout ce petit monde. Je travaille pour et avec mes élèves. Ils sont, ils doivent être le point central, le point focal d'où tout doit partir et vers lequel tout doit converger. C'est cette maîtresse là que je veux être, et cette maîtresse là c'est celle qui est enthousiaste, volontaire, motivée, c'est celle qui avait ouvert ce blog champêtre et coloré, ce blog pour dire les mots d'enfants, les amusements du jour aussi bien que les énervements et les découragements, simplement, sans prétention ni prise de tête.

C'est cette maîtresse là que je veux m'employer à être à l'avenir. Et donc je reviens ici. C'est reparti comme en quarante!

Posté par Eddie à 21:41 - La Vie de la Maîtresse - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Tout à fait d'accord, l'institution démollit les âmes les plus heureuses ... Mais surtout, tu as raison, l'important ce sont les élèves et quand tout va bien avec eux, il n'y a que ça qui compte.
    Quand on a la chance d'avoir ces élèves qui avancent, qui devancent et qui nous font sourire, ça vaut le coup !
    Pour ma part, l'horizon se colore un peu différemment. Mais dans tous les cas, je sais que l'enseignement sans l'EN peut être très exaltant !

    Posté par Estelle, 19 décembre 2009 à 10:22
  • bonne nouvelle!

    Ravie de ne pas revoir le blog tristounet gris... Ca m'a rappeler une très mauvaise passe avec l'institution me concernant. Il arrive un moment ou faut juste prendre en compte les élèves et c'est tout. Je crois que tous les instit passe par là plus ou moins tôt (moi c'était carrément en tant que T1)

    Par la même j'approuve tous le discours sur l'institution sauf sur un point: La faune et la flore Ouzbek doit être plus cohérente que ça et plus intéressante (j'ai vu un reportage sur l'exploitation du coton là bas y'a pas longtemps XD)

    Posté par Aldysse, 20 décembre 2009 à 21:03
  • Chouette!
    Te revoilà avec le moral regonflé à bloc.
    Je vais re-changer le lien sur mon blog...

    Posté par Caro-croisezlesf, 24 décembre 2009 à 07:41
  • YYYYYEEEESSSSSS !!!!!!!!
    J'avais pas encore changé le lien sur mon blog. Ravie de te relire sur ce blog avec la pêche ! J'avoue avoir eu moi aussi un coup de mou mais j'espère que les vacances vont arranger tout ça. Je te souhaite de bonnes fêtes de fin d'année ! Bises et à bientôt !

    Posté par Christine, 24 décembre 2009 à 10:33
  • "l'institution pourrit tout"
    Oui, tout, absolument tout.
    Pour un parent non sco comme moi, je garde ça précieusement sous le coude
    Comme je te comprends.
    J'ai fait des remplacements, il y a longtemps. C'était avant de mettre des enfants au monde. Je pensais réellement que je serais instit. Oui, sauf qu'entre temps, j'ai vu l'envers du décors en plus de ma propre expérience d'ex élève... Mes propres enfants broyés par la machine, non merci.
    C'est triste pour les gens comme toi qui se décarcassent mais finalement, ce n'est que le reflet de toute l'idéologie qui sous-tend le fonctionnement de notre société qui vacille.
    Ce n'est plus l'institution qui est au service de l'humain mais l'humain qui est au service d'une entité devenue un peu, beaucoup... folle. Et surtout, cet affreux mensonge par omission qui circule : l'école est obligatoire. Mais non, elle ne l'est pas, ne l'a jamais été. Seule l'instruction l'est. Mon rêve, serait que tout le monde le sache et fasse son choix en connaissance de cause et pas sur un malentendu ou pire, par ignorance
    Bon courage pour la suite.

    Posté par paselevenon, 27 décembre 2009 à 17:08

Gribouiller sur l'ardoise?