Une jeune instit à la campagne, des histoires, des astuces, du grand air! NDLR: je tiens à préciser que ce blog n'est qu'une pure et totale fiction et qu'aucune responsabilité ne pourra m'être imputée puisque dans la réalité je suis éleveuse de cailles!

30 avril 2011

Survivor

Catégorie: Le plus beau métier du monde

Non je ne suis pas morte dévorée par mes élèves, mais on en n'est pas loin.

J'avais prévu que cette année serait sportive, pas que ça serait l'antichambre de l'asile. Chaque jour terminée sans crise de nerf est une victoire. Je suis sur le qui-vive non-stop toute la journée, mais pas genre comme si j'avais 23 gamins à surveiller, plutôt genre comme si j'avais je jonglais avec des grenades.

Je savais. je savais que ça serait difficile, je connaissais les énergues humaines que j'allais devoir coacher, mais à ce point là, j'avais même pas imaginé. Le travail est laborieux, ils ne sont motivés par rien, sauf par les discussions sur leurs petites vies. Rien ne les intéresse malgré tous les projets mis en place et toutes les propositions que je peux leur faire, tout le mal que je me donne pour rendre les apprentissages dynamiques, intéractifs, originaux, et surtout accessibles! Mes efforts ne sont récompensés que par des grognements, et des chahuts et bavardages en tout genre, à toute heure. C'est à tel point que certaines activités ont carrément été réduites, voire supprimées, pour cause de trop d'investissement pour quasiment aucun rendu, ou carrément un effet poltergeist. Terminé les séances d'informatiques (où les élèves qui ne sont pas dans le groupe sur les ordis deviennent infectes), rare les séances de sport (où je dois hurler comme une aliénée pour donner la moindre consigne), rare les manipulations de sciences (qui virent souvent à la catastrophe), et j'en passe. Certains se diront que je suis une maîtresse totalement dépassée par ses élèves, et à ceux là je répondrais que mon dépassement n'est pas du à ma capacité de gestion d'une classe (non car si j'étais incapable de gérer cette classe, croyez moi, il s'y serait déroulé des évènements graves depuis longtemps!) mais plutôt au fait que nous n'avons que très peu d'outils face à des élèves perturbateurs: comment faire par exemple avec un enfant colérique dont les parents sont au courant mais totalement dépassé, pour qui le psy scolaire a dit que tout allait bien, que les punitions en tout genre laissent froid? Je fais quoi? Et ben je limite la casse, avec beaucoup de psychologie, d'anticipation, de sang-froid et une bonne gueulante de temps en temps. Est-ce que ça règle le problème et l'empêche de perturber la classe. Non. Et je précise que ce n'est pas le seul élève de ce genre là dans ma classe cette année hein... donc j'ai du prendre des mesures drastiques, en faisant bien attention de ne pas appauvrir de trop les apprentissages, tout un programme - vous saisissez le jeu de mot savant là? Ouais.

Donc j'ai eu un passage trèèèèès difficile en janvier, arrêtée plusieurs jours tellement j'en pouvais plus. Les élèves ne sont pas les seuls responsables, j'ai la malchance cette année d'avoir des collègues avec lesquels je n'ai pas d'atomes crochus, autant dire des collègues pénibles. Le côté dépressif de Sid ne s'est pas arrangé suite à son inspection assez foireuse dont il est ressorti encore plus paranoïaque et hésitant qu'avant. Le côté caporal de Mme Mim lui, est exacerbé par une inspection brillante et la fin d'année approchant: inscriptions, passages, diverses réunions et conseils, c'est la reine du palais. Moi au milieu, je turbine comme une folle: je n'ai même plus le temps de manger à midi, j'avale juste une banane entre deux préparations - faut dire aussi que l'éduc nat ne prenant plus en charge sa part dans notre déjeuner, je n'ai plus les moyens de manger à la cantine, mais bon je dis ça je dis rien.

Le pompon dans tout ça a été la conversation que Mme Mim m'a imposée un peu avant les vacances d'Avril: me prenant à part un vendredi soir, elle me l'a joué "amie-amie" du genre je te le dis mais c'est pour toi hein. En subtance: elle me trouve fatiguée, elle voit bien que cette année je galère, j'arrive en retard le matin, j'ai été beaucoup et souvent arrêtée - oh ouais mazette, juste 15 jours d'afilés en janvier pour cause de début de dépression et 3 jours ponctuels ça et là depuis le début de l'année, mais bon c'est vrai qu'elle elle n'est jamais malade donc... -, je traine la patte pour participer au formation enfin bref, son conseil c'était que je devrais demander de l'aide, qu'elle était là pour ça, et que je devais peut être songer surtout à changer d'école, voire à changer de métier.

Pardon?!...

Sur le coup - la fatigue de la semaine aidant - j'en suis restée coite. Ensuite, j'ai enragée. Je la trouve gonflée de ramener sa science alors qu'elle ne m'a jamais proposé d'aide quand j'en avais besoin et que pire que ça, elle a fait la sourde oreille systématiquement quand j'ai demandé à être épaulée un peu, notamment avec mon élève primo-arrivante. Bref, je ne suis pas stupide, je sais bien que le but de la manoeuvre n'est pas du tout de me rendre service, mais bien de me faire débarrasser le plancher, vu qu'elle m'apprécie tout autant que moi je l'apprécie. Elle aurait voulu m'entendre dire que finalement je participais au mouvement cette année, et que je comptais m'en aller.

Sauf que je n'ai pas dit mon dernier mot, et bien loin de m'achever ou de me faire fuir, je suis plutôt du genre àchopper la force de me relever si on me file des coups de pied à terre.

Finalement donc, elle m'a rendu service avec cette conversation désobligeante, car depuis j'ai fait le point et repris du poil de la bête, et remis de l'ordre dans tout ce bazar: j'arrive en avance, je me sappe correctement - à savoir comme elle n'aime pas car je suis du genre correct mais un poil excentrique - je tiens mes élèves mieux que jamais, j'ai la pêche et le sourire - elle qui me trouvait "fatiguée et pas motivée" - et je tourne au taquet toute la journée! Et bien sûr,je n'ai pas participé au mouvement!

Elle par contre, et Sid aussi, ont tous les deux fait de voeux pour changer de poste. Reste qu'ils ne seront peut être pas exhaussés... je vais faire une grosse prière je vous le dis!

Et maintenant, y'a plus qu'à survivre jusqu'en juillet, soit 10 semaines d'affilé!

Je peux vous dire que c'est au jour le jour.

Posté par Eddie à 18:26 - Le plus beau métier du monde - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Contente de vous retrouver!
    Je croise les doigts pour que les vœux de vos collègues soient exaucés.
    Bon courage

    Posté par Maryline, 10 mai 2011 à 14:54
  • Courage !

    C'est fou comme certaines années peuvent être difficiles ! Ça peut se jouer à peu de choses : des élèves désagréables et peu ou pas motivés qui plombent l'ambiance, des collègues avec qui on ne s'entend pas ou le manque de matériel...
    Alors quand on cumule le tout... Pfiouu l'angoisse ! Bravo d'avoir su rebondir en tout cas ! Et bon courage pour la fin de l'année !

    Posté par Mysticlolly, 15 mai 2011 à 13:18
  • J'espère de tout coeur que tu retrouveras ta liberté de ton et la force de revenir poster souvent comme tu le faisais avant quand tes deux collègues auront quitté l'école.
    Ne lâche rien !

    Posté par Mathilde, 21 mai 2011 à 14:59
  • Notre métier n'est pas facile surtout quand on se donne et qu'en retour, les élèves ne sont pas vraiment là. Mais avec l'énergie que tu déploies, je suis certaine que c'est juste une affaire de temps. Tu fais du bon travail, à n'en pas douter !

    Posté par Estelle, 24 mai 2011 à 14:46
  • Juste le "énergues humaines" qui me choque... Déjà, "énergumènes" n'est guère obligeant pour nos élèves, aussi peu agréables soient-ils, mais là...
    Le pire c'est que je suis certaine que vous passez vos journées à conseiller à vos élèves de se relire, de vérifiez les accords, etc. Devriez peut-être suivre vos propres conseils tout au long de vos textes, pour commencer ?

    Posté par Julie, 02 août 2011 à 11:53
  • Et il est assez étrange de voir comme ce post fait un contraste saisissant avec celui du 20 avril 2010...

    Posté par Julie, 02 août 2011 à 12:05

Gribouiller sur l'ardoise?