11 juin 2009
En vrac
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Fin d'année sur les chapeaux de roues, même pas le temps de raconter tout ça. Pas la force non plus. Je suis tout simplement exténuée, et les divers tracas de la vie quotidienne d'une école rajoute à mon ras-le-bol chronique du mois de juin.
C'est officiel, Baloo s'en va. On s'entendait bien, sans plus. Ca ne me fait pas grand effet de la voir partir. Je redoute surtout de voir arriver deux autres collègues qui ne seraient pas à mon goût. Je dis deux autres car l'ouverture d'une troisième classe est définitivement enterrinée. Et d'ailleurs, il y a déjà eu attribution de l'un des deux postes. J'ai même rencontré la nouvelle collègue en question. Par deux fois. La première fois elle m'a fait une impression prodigieuse. Sans doute parce que c'était par un samedi après-midi ensoleillé et chaud. La deuxième fois, je suis redescendue de mon nuage. Sans doute parce que c'était par un mardi soir pluvieux, à la suite d'un conseil d'école expédié. Là elle m'a semblé assez guindée, très conventionnel, calme et organisée, une fille qui respire l'équilibre. Bien comme il faut quoi. Je suis allergique aux gens bien comme il faut. Tout simplement parce qu'ils me rappellent tout ce que je ne suis pas. Il va falloir voir ce que ça donne. Je ne peux pas me prononcer sur la suite des évènements. Il faut aussi attendre de voir qui va être nommé sur le dernier poste... sachant que c'est le poste de direction et que l'inspection m'a sous entendu que s'il s'agissait d'un T1 - un instit dont c'est la première année - la direction risque de me revenir en pleine figure. Le pied.
La mairie a aussi eu la très bonne idée de nous forcer la main pour qu'on postule au projet d'école numérique. J'ai de l'urticaire rien qu'à imaginer que ça puisse aboutir. Surtout que notre dossier vient d'être accepté. Je n'ai aucune envie de devoir subir une formation supplémentaire pour apprendre à me servir d'un tableau blanc intéractif qui ne me servira jamais ou très peu et de devoir supporter les enquêtes et les surveillances de l'académie quand à notre utilisation de ce matériel. Sans déconner, si les mairies et le ministère ont du fric à foutre en l'air - un tableau intéractif pour des mômes de primaire! - pourquoi ne pas acheter des livres, du matériel de sciences, d'art visuels, ou tout simplement des ordinateurs normaux, équipés des logiciels indispensables. Mais non, ils préfèrent nous fourguer des trucs farfelus, juste pour faire bien. Je ne veux pas dire que tout ceci sera inutile, je dis juste que le rapport investissement/utilité est tellement faible que c'en est grotesque.
La mairie a aussi mis en attente - voire jeter aux oubliettes? - notre demande de salle des maîtres. Les locaux sont disponibles, et nous avions juste à déplacer quelques cartons et à nous installer, mais pour une raison de gué-guerre de clochers, notre mairie a finalement fait marche arrière après nous avoir d'abord dit oui. Apparement, je n'étais pas au courant mais je fais partie d'une secte. La "secte des instituteurs" dixit monsieur le maire, qui ne veut pas de ça ici. Donc, exit l'idée de salle des maîtres pour le moment. Je croise les doigts pour que finalement ça tourne à notre avantage et que la mairie ait juste voulu faire les choses bien, en prenant le temps de repeindre les locaux et de nous installer correctement.
J'ai aussi une kermesse à préparer, une coppé qui a dépensé beaucoup et qui n'est pas sûre de remplir ses caisses avec cette kermesse qui s'annonce... enfin que je ne sens pas bien. Pourvu que je me trompe. Pour le moment, les fournisseurs nous font faux bond, les élèves ne vendent pas assez de tickets de tombola, les réservation pour notre repas de clôture sans quasi inexistantes, trop peu de parents volontaires pour ouvrir tous les stands... un fiasco en perspective. Mais je garde la foi, ou plutot je garde le cap. Parce que si je le fais pas, qui le fera? Réponse: personne.
Je ne parle pas des petites mesquineries des parents, remarques en tout genre, demandes farfelues, focalisation sur des soucis mineurs, menace de changement d'école, avec encore et toujours cette impression désagréable que nous sommes un service qui se consomme, qu'on peut exiger de nous comme des employés d'un hôtel, sans aucune considération pour le travail - énorme et multiple - que nous effectuons. Heureusement, il y a aussi les parents qui savent, qui nous soutiennent, qui sont volontaires, qui nous acompagnent et nous font confiance. Heureusement.
La seule vraie bonne nouvelle dans tout ce bordel - oui je sais le ton de ce post laisse totalement transparaître mon agacement du moment - c'est que l'année prochaine j'aurai un double niveau CM1/CM2. Vraiment là c'est le bonheur. Je vais enfin pouvoir m'éclater, d'autant plus qu'avec cette troisième année qui vient de s'écouler, j'ai l'impression d'avoir pris un sacré galon. Comme je dis souvent, mes 3 années d'ancienneté me semblent compter triple - rapport au triple niveau. J'ai les épaules larges désormais, et me retrouver avec une classe de grands va me premettre de pouvoir encore plus affuter mes méthodes pédagogiques, de pouvoir ordonner mon travail, moi qui ait tellement de mal avec l'ordre. J'envisage la suite avec un nouveau regard, fort plaisant, et je note toutes les idées pour pouvoir exploiter tout ça cet été.
Vivement cet été...
24 mai 2009
Avez-vous rempli le formulaire A-38?
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Suite à un merdage ambiant cette année à l'inspection, j'ai malencontreusement loupé une réunion, une de ces fameuses réunions de formation que l'on choisit en début d'année en sachant pertinemment qu'elles ne servent à rien puisqu'en gros c'est du vent. J'ai donc raté une des ces satanées réunions vu que je n'étais absolument pas au coruant qu'elle avait lieu - question alibi on peut pas faire plus con - et visiblement à l'inspection, ça ne passe pas.
J'ai donc droit à la visite d'un conseiller péda qui vient enquêter sur le pourquoi du comment je n'étais pas au courant. Autant vous dire que fatiguée comme je suis en cette fin d'année, j'ai envie de l'envoyer se faire voir chez les Inuits - les Grecs sont déjà complets - en lui disant le fond de ma pensée. Mais je n'en ferai rien - parce que je suis fatiguée mais pas encore suicidaire et qu'un voyage chez les Inuits perso ça me botte moyen - et j'ai donc déjà répété vingt fois le petit discours que je vais devoir lui servir, en jouant les nunuche désolée, histoire de faire passer la pillule.
N'empêche que là tout de suite, je déverserai bien ma bile au sujet du ministère, de l'inspection, du système totalement absurde dans lequel nous évoluons et qui nous presse comme des citrons, parce que oui j'aurai des choses à dire sur tout ce beau monde, croyez-moi, qui se croit compétant mais qui n'est que con, tout court. Sauf que hein, nous sommes d'accord, je n'ai pas envie de voir ce blog menacé de femerture, et qu'en plus ceux qui me lisent savent déjà tout ça. Donc je machouille ma rancoeur et c'est pas saint, c'est surtout pas ce quiva m'aider à finir l'année.
Maintenant, si le conseiller péda veut me donner un coup de main pour taper les 9 leçons que j'ai en retard, chercher les livres de bcd que les gosses ont mal rangé, découper les 28 gabarits de fêtes des mères, remplir les dossiers de mes élèves qui passent en 6ième, finir la commande de kermesse, mettre au point les 5 dernières séances de sciences, géographie et histoire, remplir le formulaire de demande d'équipement informatique pour l'école, animer la réunion parents-profs de mardi soir et faire les comptes de la coopé, ben y'a aucun soucis je suis preneuse.
S'il veut juste mes remonter les bretelles pour une réunion à la con, il peut aller se faire voir.
30 mars 2009
Journée sans
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Aujourd'hui j'étais sous antibiotiques.
Aujourd'hui ma journée n'était pas prête.
Aujourd'hui un gamin de ma classe était en deuil.
Aujourd'hui le conseiller péda m'a snobé.
Aujourd'hui j'ai oublié de distribuer la leçon de sciences.
Aujourd'hui ma collègue était de mauvaise humeur.
Aujourd'hui j'ai claqué la porte de ma classe.
Aujourd'hui j'ai évité le conseiller péda.
Aujourd'hui il n'y avait plus de cahiers neufs en réserve.
Aujourd'hui j'ai attendu le silence pendant 10 minutes.
Aujourd'hui un de mes élèves a mis le feu aux toilettes.
Aujourd'hui, c'était une journée merdique.
17 mars 2009
Kermit
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Ce matin, après avoir récupéré ma tasse de thé de 9h à la cantine, comme le veut l'habitude, je rejoins ma classe, sous un soleil de printemps en avance. Et là, à peine franchi le portail, je suis acueillie par des rires et des histoires de grenouilles. Je râle que je veux tout le monde dans la classe, tout le monde à sa place même et tout de suite. Ils se poussent tous du coude, je pose ma tasse sur le bureau, et alors que je réclame de nouveau un peu de silence, un de mes affreux s'esclaffent que "Y'a H. qu'a une rainette!"
Alors le première réaction de la maîtresse qui commence à avoir un peu l'habitude des gamins à la campagne, c'est de regarder les mains de la petite H. en question. Parce que c'est vrai, mes gosses ont toujours tout un tas de bestioles dans les mains, avec des tas de camarades plus ou moins curieux ou écoeurés autour: crapauds, vers de terre, scarabées en tout genre, lézards, sauterelles, araignées, parfois même des oiseaux! Mais dans les mains de la petite H., pas de reinette en vue. Sauf que la gamine a compris et me dit "Ah mais non maîtresse ils m'ont dit de la mettre dehors alors je l'ai mis dehors!".
Deuxième réaction de la maîtresse qui commence à avoir un peu l'habitude des gamins à la campagne: "Où ça dehors???". Parce que les petites bêtes, ils me les mettent partout, et surtout n'importe où!
Et là ça a l'air de rien mais j'ai bien fait de demander, parce que le gamine avait fait, il est vrai, au mieux. Elle avait bien compris qu'il ne fallait pas la mettre dans la cour, et avait donc opté pour l'autre option: la glisser dehors à travers le portail. Bien vu. Sauf que le portail, il donne sur la route. Ok c'est une petite route, une routinette, mais quand même, c'est pas un endroit pour une grenouille!
Je sors donc à la recherche de cette pauvre grenouille, et comme si je ne suffisais pas, mes élèves décident de faire également partie de l'équipe de secours. M'enboitant alors tous le pas, ils finissent aglutinés le long de la murette à se hisser sur la pointe des pieds pour m'observer ramper à plat ventre sur le bitume et tenter de récupérer cette pauvre rainette qui s'était réfugiée sous la voiture que ma collègue avait garée là. Comment ça y'a mieux pour démarrer la journée?... Z'êtes sûr?
Je finis donc par chopper la pauvre petite bête visiblement débousolée, et je m'empresse de l'emmener dans un endroit bien plus approprié, en surêté, tout en vociférant un "En classe!" pas piqué des hannetons à ma meute d'élèves en pamoison devant le petit batracien comme si c'était une tonne de bonbons compactés.
Revenant en classe, je retrouve mes élèves avec le sourire jusqu'aux oreilles, qui veulent savoir où j'ai mis la chose verte. Je réponds qu'elle est dans mes jardinières, au frais, avec de la compagnie puisque il y a déjà une rainette qui squatte mes plantations depuis un bail - la maligne elle a trouvé le bon coin! Mes élèves sont ravis, et je m'empresse de commenter que la pauvre bête a du trouver tout ça un peu perturbant, vu que dans ma tête, cette petite reinette était passée en quelques minutes du fossé devant l'école aux mains de mes affreux puis au bitume de la route et enfin à mes jardinières.
Et là, la réponse de H. me colle soudain un sacré doute: "Ah oui maîtresse, en plus t'as vu elle avait plein de miettes sur elle, elle avait plein de miettes de mon pain de mie!"
...
Question: comment à neuf heure du matin une petite rainette se retrouve-t-elle pleine de miettes de pain de mie? D'ailleurs comment une grenouille se retrouve-t-elle pleine de miettes tout court?!
Je connais mes affreux. Oh oui je les connais bien. Vu que la rainette était pleine de poussière de la route, je n'avais pas noté la présence des miettes, mais effectivement là qu'elle le disait, ce que j'avais pris pour de la poussière était peut être des miettes. Et d'un coup j'ai compris.
Voix de la maîtresse qui lève un sourcil perplexe: "Elle venait d'où cette grenouille H.?"
Et la gamine avec un grand sourire: "Ben de chez moi!"
Dois-je préciser que la môme en question fait une demi-heure de bus scolaire pour venir à l'école?...
Notre adorable amie la rainette avait donc fait le voyage au fond du cartable de la gamine, coincée entre les cahiers et les restes du petit déjeuner - pas vraiment en première classe sur air batracien donc, et après être passée entre les mains de tout le monde à la garderie, elle avait atterrie en plein milieu de la route. Vous parlez d'un voyage d'agrément! Elle a eu de la chance de finir là où elle a fini, croyez-moi.
Et j'aime beaucoup le dernier mot de N. avant qu'on démarre enfin notre journée, je crois que la petite chose verte a beaucoup apprécié aussi:
"En plus, c'est protégé comme bestiole ça maîtresse!"
Va falloir que je leur enseigne le sens du mot "protégé"...
17 janvier 2009
La cité des enfants perdus
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Les deux premières semaines de cette nouvelle année avec mes petits sont plutôt speed, pleines, épuisantes mais on fait semblant de ne pas s'en rendre compte, je préfère voir les réussites que toutes ces petites choses qui continuent de se barrer en c***.
Je préfère voir A., mon grand dadet de CM2 agité en permance, qui a reçu mon avertissement 5 sur 5 et qui depuis ces derniers jours fait des efforts de titan pour se tenir à carreau, fier comme un paon quand je l'en félicite et l'en remercie. Parce que je l'ai prévenu: "si tu mets pas la pédale douce, toi et moi on va s'attraper, je m'attrape pas souvent avec mes élèves, mais crois moi tu m'as jamais vu en colère". Mon coup de gueule version "je te le dis cash yeux dans les yeux" a bien fonctionné avec lui. Il est intelligent. Je lui donne du respect. Je lui demande du respect. Il a compris. Il m'en donne en retour. Et je sais qu'il est sur la bonne voie.
Je préfère ne pas voir B., gamin de CE2, qui oublie ses cahiers tous les jours et qui fout rien en classe - deux heures pour copier 10 lignes - même que trois rendez-vous avec sa mère n'ont rien changé, parce qu'il est tellement brillant ce petit, juste tête en l'air, parce que c'est sa propre mère qui jette ses poésies à la poubelle, que visiblement elle trouve pas ça grave, que si si elle surveille quand il fait son cartable hein elle comprend pas pourquoi il a pas ses affaires, qu'elle ne signe jamais les mots que je lui mets dans le cahier ah bon y'avait un mot?... après tout il est intelligent si vous saviez. Ben non, je sais pas justement.
Je préfère voir A., gamin surdoué pour de vrai celui là, qui a commencé l'année sur les chapeau de roue, qui hurlait au lieu de parler, bordélique comme pas possible, son bureau littéralement envahi par toutes ses affaires en vrac toute la journée, jusque par terre, qui n'avait pas une once de concentration et une écriture affreuse, aujourd'hui complètement changé, calmé, qui lève le doigt pour parler et sait même chuchotter, qui commence à ranger ses affaires correctement, tout seul, sans que j'ai rien à dire, qui écrit désormais vraiment bien, une vraie révélation pour sa maman d'ailleurs, et qui a gagné en sérénité, tout simplement.
Je préfère ne pas voir H., élève qui se moque totalement de l'école, dont les parents refusent systématiquement le soutien scolaire et me font porter le chapeau pour ses difficultés, tellement larguée la gamine, qu'elle passe son temps à copier sur ses camardes et à jouer avec ses stylos ou ses barettes, ne comprend rien, pas étonnant, elle est en CM1 avec le niveau d'un élève de CE1! Je ne peux pas faire grand chose pour elle, il lui faudrait un enseignement vraiment adapté pour reprendre ne serait-ce que les bases de la lecture, mais moi je n'ai pas le temps. Tristement vrai. Et dès que je tente de mettre quelque chose en place pour elle, ça dégénère, parce qu'elle ne veut pas être considérée à part, parce que ses parents n'arrête pas de me dénigrer et de la traiter comme le vilain petit canard. Il lui faudrait un suivi psychologique, mais là encore, les parents font barrage. Peine perdue... avec elle je ne sais plus vraiment quoi faire.
Je préfère voir L., gamine en grande difficulté mais qui s'accroche elle, qui se décarcasse même quand elle est paumée au milieu de la pampa des fractions ou des groupes nominaux, qui ne lâche jamais le morceau, qui essaie de comprendre tellement fort que forcément, je sais qu'elle fera quelque chose de sa vie, pour peu qu'on l'encourage dans son obstination. Qui sait qu'elle a des lacunes, des grosses lacunes, puisque je le lui ai clairement dit, mais qui a aussi entendu quand j'ai ajouté que dans la vie, il ne faut jamais lâcher, que c'est comme ça qu'on garde la tête de l'eau. Je la regarde surnager avec cette détermination impressionante, et quand je sens qu'elle coule un peu, je tends la perche. Elle je l'emmène tranquillement vers la suite sans trop me faire de soucis, parce qu'elle fait sa partie du job, et ses parents aussi.
Je prefère ne pas voir M., petite de CE2 qui ne comprend rien à ce que nous faisons en classe, qui se contente de singer ses camarades, qui à la récréation joue avec les petits de CP plutôt qu'avec les camarades de son âge, qui me regarde en coinçant sa langue entre ses dents quand je lui parle, incapable de me répondre, tellement discrète que la plupart du temps je finis par l'oublier, tellement muette que j'en viendrais presque à souhaiter qu'elle bavarde en classe, histoire de l'entendre un peu, de la voir vivre un peu.
Je préfère voir N., forte tête de CM1, dont la maman m'a plusieurs fois mis en garde, sous entendant que je n'arriverais jamais à rien avec lui et qu'il finirait en pension, puni de récréation une bonne partie du temps, avec qui aussi je me suis gravement pris le bec avant les vacances, là aussi version "je te cause cash yeux dans les yeux", lui disant texto que s'il continuait à me prendre pour une conne, il allait pas être déçu du voyage et que c'est lui qui allait de trouver bien con à l'arrivé, que d'accord j'étais une maîtresse sympa, mais que si je pétais un plomb, ça allait chauffer pour sa tête. L'intimidation a du bon parfois. Faut croire que dans ces moments là je dois pas avoir l'air fine, parce que depuis c'est littéralement un ange. Plus une seule punition en classe, il fait même du zèle, tenant extrèmement bien ses cahiers, participant en classe, recherchant mon approbation avec un peu d'appréhension dans les yeux. Un vrai bonheur. La prochaine étape c'est de lui faire prendre confiance en lui, pour de vrai, maintenant qu'il a compris qu'il pouvait bien faire.
Je prefère ne pas voir C., gamine perdue de CM1, totalement à la ramasse, avec la vivacité d'esprit d'un bulot, et l'envie de s'en sortir d'une fougère. Quoi que, même la fougère est plus prolifique que cette gamine. Totalement pourrie et adulée par ses parents gâteux, elle ne fait aucun effort intellectuel, même pas celui d'écrire son prénom correctement, alors qu'elle en a les capacité. Elle attend qu'on lui fasse tout, y compris qu'on pense pour elle. elle est juste posée là dans la classe, à attendre. J'ai tenté de la secouer dans tous les sens, ar tous les moyens, rien ne prend. Elle est comme de la gelée. Sur le coup elle remue bien, on se dit que c'ets bon, ça y est, on a démarré quelque chose, on tourne le dos un instant et blop, elle a repris sa forme de base: un gros tas inerte. Elle me désespère littéralement.
Je préfère voir ceux de mes élèves qui font des efforts énormes, chaque jour, pour changer, pour s'améliorer, pour ne pas déccrocher, pour rester dans la course, ces gamins qui essayent, qui se battent, qui ont envie et qui le montrent. Je préfère voir ceux là plutôt que tous ceux pour qui je n'y arrive pas, ceux face à qui je suis perdue, intuile, impuissante. Ceux que je n'aide pas. Que je regarde dériver, inéxorablement. Je préfère voir ces parents qui sont derrière leur enfants, qui s'inquiètent, qui les accompagnent, qui prennent du temps, qui font eux aussi des efforts, qui font parfois des sacrifices, qui me font confiance, qui m'aident à bien faire mon travail. Je préfère voir ces gamins à qui je suis utile, ces gamins que j'arrive à relever, à emmener, à pousser, à intéresser, à enrichir, à prendre confiance en eux, en ce qu'ils sont capables de faire, ces gamins que j'arrive à aider.
Parce que les autres me hantent comme un crime.
13 janvier 2009
A bon entendeur...
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Je ne parlerai pas des évaluations de CE1 et surtout pas de celles de CM2.
Je ne parlerai pas de la prime que je ne toucherai pas pour faire passer et corriger ces évaluations.
Je ne parlerai pas du soutien scolaire mis en place le soir après la classe.
Je ne parlerai pas des nouveaux programmes de cette année.
Je ne parlerai pas des réunions pédagogiques du mercredi et des heures de formations.
Je ne parlerai pas du taux zéro de redoublement, pardon de "maintien".
Je ne parlerai pas des heures de préparations tard dans la nuit.
Je ne parlerai pas des effectifs dans les classes, du triple niveau qui compte comme une seul.
Je ne parlerai pas, non, je n'en parlerai pas.
Parce qu'il y aurait tellement à dire, et j'ai pas envie d'y passer des plombes.
Parce que ceux qui écoutent savent déjà.
Parce que ceux à qui je voudrais le dire, eux, n'écoutent pas.
Je n'en parlerai pas.
Mais tout le monde a bien compris.
21 novembre 2008
Etre et avoir
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Ce matin, évaluation de conjugaison pour mes CE2/CM: conjuguer les verbes être, avoir, faire et aller, au présent de l'indicatif.
Cela peut paraître simple comme ça, mais sur 27 copies, ben y'en a pas une de juste.
J'ai eu droit à des "je es" à la place des "je suis", des "tu aves" à la place de "tu as", "vous étez", "nous fairons", mais le pompon va quand même au verbe aller, avec quasi à l'unanimité un trio gagnant "j'alle, tu alles, il alle"...
Je précise quand même qu'ils ont ces verbes à apprendre depuis des semaines, que régulièrement dans les exercices je leur demande si "j'alle" ça existe... et ben visiblement oui. Ou alors c'est juste qu'ils réflechissent pas?
Quand je vous dis qu'ils me désespèrent.
18 octobre 2008
Sauf que...
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Histoire de contrebalancer le post précédent en montrant que je ne suis pas perdue dans une école imaginairement idylique, petit apercu de ce à quoi j'ai aussi droit à l'école...
Certains élèves ont des parents qui ne savent ni lire, ni écrire.
Certains élèves passent leurs crises de nerfs en hurlant à qui veut l'entendre "va te faire enc..., conn... de ta mère, sales fils de p..., je vais vous défoncer la g... enc...!".
Certains élèves ne connaissent pas leurs frères ou leurs soeurs parce que ceux-ci ont eu la malheureuse idée d'épouser "une personne de couleur".
Certains élèves ne font qu'un seul repas par jour: celui de la cantine.
Certains élèves trouvent normal qu'on les battent.
Certains élèves dessinent des croix gamées sur leurs ardoises.
Certains élèves coincent les filles aux toilettes.
Certains élèves portent des chaussures d'été même en hiver.
Certains élèves font plusieurs kilomètres à pied pour venir à l'école.
Certains élèves viennent à l'école quand les parents y pensent.
Certains élèves sont oubliés à l'école par leurs parents à qui l'on est obligé de téléphoner pour leur rappeler de venir les chercher.
Certains élèves ne comprennent rien à ce que l'on attend d'eux.
Certains élèves restent malades un moment sans aller chez le médecin.
Certains élèves sont sales, sentent mauvais, portent de vieux vêtements hors d'usage.
Certains élèves nous répètent que maman a dit que c'était une école de merde.
Certains élèves ont des parents qui nous traitent de sales fonctionnaires.
Certains élèves disent qu'ils ont envie de mourir.
Certains élèves ne savent pas ce que c'est un travail quand on leur demande quels travails font leurs parents.
Et pourtant, je m'en sors bien, et je ne changerai de place pour rien au monde pour le moment. Parce que je ne suis pas folle: finalement, c'est partout pareil.
Ou alors c'est pire.
16 octobre 2008
Vernie
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Quand je lis les blogs de mes collègues et que je parcours les forums d'instits, je me dis que vraiment, mes gamins sont adorables.
Les miens ils se taisent quand je dis de se taire, sans que j'ai besoin de hurler (je donnerai bientôt des tuyaux!).
Les miens ils ne m'insultent pas, je crois que ça ne leur viendrait même pas à l'idée.
Les miens je peux les laisser seuls dans la classe pendant 10 longues minutes, quand je reviens c'est comme si j'étais pas partie.
Les miens quand je fais une remarque, ils en tiennent compte.
Les miens quand j'interdis un truc, ils n'insistent pas.
Les miens ils bossent vachement beaucoup quand même, et ils font tous de gros efforts.
Les miens ils râlent jamais pour de vrai, juste pour faire genre, histoire de quand même.
Les miens ils rigolent de mes pitreries.
Les miens ne me répondent pas.
Les miens font leurs devoirs.
Les miens, quand ils ne s'aiment pas, ils se supportent quand même.
Alors oui quand même, ils sont casse-pieds, remuants, bavards, ça se chamaille, ça se chipougne, il faut répéter sans cesse mais franchement, à côté de ce que vivent certains de mes collègues, c'est rien. Et dire que je suis censée être dans une des pires circos du département, voir du pays, que quand j'ai demandé ce poste à l'iufm on m'a regardée comme si je demandais un poste à Bagdad, c'est à n'y rien comprendre!
En tout cas je crois que je vais pas bouger d'ici avant un bail moi...
03 octobre 2008
Entre gens de bonne compagnie
Catégorie: Le plus beau métier du monde
Dans la foulée de "ils n'écoutent rien ma pauv' dame" j'en remets une couche aujourd'hui avec une énorme crise de colère piquée cette après-midi après avoir laborieusement passé une demi-heure à faire la police pour leur faire copier 2 lignes de devoirs. Au sortir de ce bras de fer j'étais tellement mécontente que j'ai éclatée, furax, et qu'au lieu de me lancer avec eux dans la suite de notre travail d'arts visuels, je leur ai collé de l'écriture pour le reste de l'aprem, en leur disant que pusqu'ils ne faisaient pas d'efforts, et ben moi non plus.
Ils ont tirés la gueule et n'ont plus bougé une oreille. Le truc pénible, c'est qu'ils s'agitent tant que je ne leur ai pas personnellement fait la remarque de se taire, de se rasseoir, d'arrêter de traîner les pieds sous la chaise... Que je vienne de faire la remarque pour exactement la même chose au voisin?... Mais pensez-vous donc, ça ne les concerne pas, eux ils continuent de tranquillement bavarder, se lancer leurs stylos à la figure, couper leur gomme, j'en passe et le reste!
Alors cet aprem, avec le coup d'une demi-heure dans un bordel sans nom pour copier deux lignes de textes, à me retourner dans tus les sens pour les rappeler à l'ordre les uns après les autres, j'ai explosée. Bien sûr, il y a toujours les pauvres élèves qui n'ont rien fait, et qui écopent pour la majorité. Et c'est pas juste. Alors j'ai rusé. J'ai collé de l'écriture, certes, mais avec une peine graduelle. Les élèves les plus sages n'ont ainsi copié que le premier texte - un peu d'écriture ça ne leur fait jamais de mal - et ont pu ensuite aller à la bcd pour lire et jouer à des jeux pédagogiques. Les déjà un peu plus casse-pieds ont du copier un deuxième texte avant de pouvoir aussi avoir droit à la bcd et aux activités ludiques. Et ensuite, les très casse-pieds, eux je me les suis gardé bien vissés sur leurs chaises, textes à l'appui, jusqu'à la récré. Ma collègue étant déjà dehors dans la courre, j'ai mis les bons éléments dehors, et je suis restée en tête à tête avec les perturbateurs en tout genre: les lents, les têtes en l'air, les bavards, les faiseurs d'histoire, les "je-me-lève", les "j'ai-jamais-mes-affaires", les "je-m'en-fous" et là, j'y ai été franco. J'ai été claire sur le fait qu'ils nous mettent systématiquement en retard, chacun leur tour, chacun à leur manière, qu'ils perturbent systématiquement la classe, et que c'est inadmissible. J'ai été claire, et j'ai bien expliquée qu'à partir de maintenant, je ne répétais plus, plus rien. Que les punitions tomberaient direct. Ils étaient littéralement contris, minables, et j'espère bien que ce remontage de bretelles en règle aura son petit effet, au moins jusqu'au vacances de la Toussaint. Car je ne fais même pas d'illusion sur le fait qu'il faudra recommencer l'exercice très vite. Je les ai ensuite laissé copier encore un peu.
Je vous jure que j'avais une belle brochette là, assis tous penauds devant moi, le nez devant leur feuille façon boulet à la patte. C'est que ça fait les malins, ça n'écoute rien, et après ça s'étonne d'écoper la merde. Sérieux, je me demande comment ça se passe chez eux, quand je vois à quel point ils ont l'habitude de faire ce qu'ils veulent, sans conséquence.
Mais pas avec moi, pas dans ma classe.
Et à bon entendeur, j'ai mis tout le monde en récré. La maîtresse avec.
